« C'est l'abondance de la vie et des innombrables facettes de l'être qui m'intriguent et qui ne cessent de capturer mon attention. C'est pour cela que j'essaie de faire prendre conscience au spectateur de sa sensibilité, et pourquoi pas, à partir de celle-ci, d'élever son regard au-delà de sa position dans la société. »
-Beth Anna
Née le 15 février 1983 en Papouasie-Nouvelle-Guinée, Beth Anna passe une grande partie de son enfance au sein d'un peuple indigène. Ses parents étant éducateurs et missionnaires, elle se met à voyager à travers le monde, partagée entre la côte californienne et les montagnes tropicales de son village natal. Puis, à quinze ans, c'est la révélation. Elle découvre les arts plastiques au lycée et le verdict est sans appel : elle sera artiste-peintre ! Elle poursuit donc pour cela ses études supérieures à l'université de Point Loma Nazarene à San Diego
En 2003, son école lui propose de mener un pèlerinage artistique en Europe afin d'approfondir ses connaissances. Elle est amenée à découvrir Londres, Venise, Florence mais aussi Barcelone et Paris. Son coup de foudre pour la « ville Lumière » est tel qu'elle décide de s'y installer et de suivre des cours dans le Wells College, une école d'Art rattachée à New York. Influencé par les œuvres de Freud, Saville, Schierenberg, Delacroix ou encore Monet, le côté pratique de son travail s'en trouve plus renforcé, renouvelant sans cesse sa technique au service d'un travail d'accomplissement personnel pertinent, méticuleux et très intime.
Si ses capacités ne cessent d'évoluer, c'est parce qu'elle est consciente du privilège d'avoir grandi étant enfant dans une culture radicalement différente de la sienne. Les rapports insolites qu'elle a entretenu avec un peuple primitif ont clairement irisé sa personnalité et développé son sens du toucher. Ainsi, de ses toiles carminées à ses tableaux monochromés (cf. Cityscapes), les couleurs font la vie pour Beth Anna. La Femme prend même sous sa gouache des apparences de sirènes éperdues qui, derrière des contours glacials et des ombres ténébreuses, réussissent à procurer une sensation de chaleur enivrante (cf. Annie).
Son travail parcourt des chemins divers faisant preuve de son besoin de toujours vouloir se découvrir davantage. Parce qu'elle refuse le décalage physique entre la toile et elle-même ; parce que son pinceau, c'est sa main, elle a su épouser sa propre doctrine sans pudeur : son « Take hold of life » (« prendre la vie à bras le corps »). De cette philosophie en découle sa propre technique artistique qui tente dans ses toiles de sublimer la réalité. Au bout du compte, connaître le parcours de Beth Anna, c'est pouvoir d'ores et déjà emprunter un chemin vers son univers esthétique lumineux et étrangement fascinant.
-Thomas Morales, 2009
Le travail de Beth Anna pourrait être décrit comme l'articulation en deux-dimensions de ses interrogations quant à l'expérience humaine. Les thèmes de l'identité et de l'expression de l'individu sont récurrents et visibles, que se soit à travers des paysages humains, des portraits ou, lorsqu'elle photographie, des clichés intimes ; Beth Anna sonde et fait l'examen de la vie en images. La source de cette interrogation est intrinsèquement liée à la manière de représenter le corps, son expression et son occupation de l'espace ; son approche artistique s'inscrit dans la tradition séculaire des portraits à l'huile et, maniant cette technique traditionnellement utilisée pour rendre l'objet attrayant, elle explore la question de comment ses sujets occupent la totalité de l'espace de manière personnelle et unique. L'intimité du travail de Beth Anna est une invitation à voir comment le modèle représenté vit et vibre ; le spectateur se retrouve contraint à affronter sa propre vision de la vie, à s'interroger sur sa voie et sa place dans la société.
-Simon Liana-Bichat